Le Département : Hôtel du Département, 30 ans au service des Haut-Alpins

C’était il y a 30 ans. Le 28 novembre 1994, le ruban inaugural de l’Hôtel du Département était coupé sous le crépitement des flash. Derrière les officiels, un parterre d’invités. Avant d’en arriver là, les services aux manettes de la construction de ce tout nouveau bâtiment ont dû faire face à bien des péripéties.

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Photo au piquetage un peu vintage. On y voit l’Hôtel du Département, dont la façade en pierre est recouvertes d'échafaudages. Sur la Parvis, un Algeco et du ferraillage ainsi que deux camionnette l'une blanche, l'autre écrue et un scooteur. La photo à été prise en 1994 - Agrandir l'image, fenêtre modale
L’Hôtel du Département quasi terminé. ©Département des Hautes-Alpes

L’épopée d’un chantier fondateur au service….

Des images qui fleurent bon la télévision à tube cathodique. Dessus, d’imposants engins de chantier, un ballet de camions semblant surgis d’un lointain passé, des ouvriers dans tous les sens en bleu de travail, à l’ancienne, des grues d’une autre génération, un étrange godet à la forme rectangulaire (un grappin dans le jargon) et aux mâchoires redoutables, des bétonnières monumentales, un trou béant saluant la cathédrale de Gap. Puis, des blocs de béton, des ferraillages en masse et des murs qui commencent à sortir de terre pour donner naissance, en 18 mois, à celui qui trône toujours, place Saint-Arnoux. L’Hôtel du Département, d’une superficie de 6 000m2.

Aujourd’hui, ce petit film, commandé à l’époque par la Département pour documenter l’un de ses tous premiers chantiers d’ampleurs, si ce n’est le premier, a rejoint les Archives départementales. Témoin d’un temps qui semble bien loin de nous. C’était pourtant hier, avant-hier pour les plus jeunes. Il y a tout juste 30 ans (le 28 novembre 1994).

En ce temps-là, on ne parlait pas encore de conseil départemental, mais de conseil général. Dénomination que l’on peut encore lire sur le fronton de ce bâtiment qui a traversé les décennies sans prendre une ride, à peine quelques ridules. De quoi tirer un sourire discret à Sylvain Bertrand, désormais référent en ingénierie bâtiment, lorsqu’il passe par la place Saint-Arnoux, jetant un œil sur celui que nombre d’agents appellent HD1.
Alors aux manettes des opérations, on peut dire de Sylvain qu’il est l’un des piliers de l’Hôtel du Département. « À l’époque, j’étais le seul technicien au sein des Bâtiments », se souvient cet « enfant de la décentralisation » qui a débuté sa carrière dans la territoriale, alors toute nouvelle dans le paysage administratif français.

C’est à peu près au même moment que l’histoire de l’hôtel du Département commence à s’écrire. En décembre 1985, pour être précis. Un peu plus de trois ans après la première loi Defferre relative aux « droits et libertés des communes, des départements et des régions », qui marque la fin de la tutelle préfectorale sur notre territoire. Les prémices de l’acte 1 de la décentralisation.

Donner corps à l’administration

« Nos services, nouvellement créés, étaient éclatés en trois lieux différents : la préfecture, où la présidence avait ses bureaux vers les jardins, la direction générale était au premier étage et nous, les Bâtiments, étions logés, avec les services intérieurs et les marchés, dans une annexe près du pôle universitaire », se remémore Sylvain. Le pôle social était hébergé à la cité Desmichels et les routes dans les locaux de l’actuelle DDT, à Gap. Une configuration intenable à long terme.

Il a donc été demandé à Sylvain de se pencher sur les plans d’un bâtiment qui serait le reflet d’une organisation et d’un fonctionnement des services du Département plus efficients, opérationnels et rationnels. L’idée étant, également, de rendre tangible une administration encore méconnue et lui permettre d’évoluer au fil de compétences allant crescendo.

Avant cela, il y a eu quelques étapes et rebondissements. Retour au 5 décembre 1985, Georges Chabas, vice-président chargé de l’administration départementale, propose à l’Assemblée départementale de « transférer les services administratifs dans le bâtiment de l’ancien Évêché », propriété départementale. Question quasi existentielle : Mieux vaut réhabiliter ou reconstruire ? Tout ou en partie ? Une étude de programmation est lancée : juin 1986, l’option de la reconstruction semble privilégiée. Novembre 1988, l’indécision persiste. S’en suit un nouveau concours d’architecture. Juin 1989, le Préfet annonce qu’il souhaite disposer de l’entièreté de la préfecture pour y redéployer ses services. Le Département, contraint de voir plus grand, n’a plus d’autre le choix que de faire table rase du passé épiscopal, pour laisser la place à une nouvelle construction. Après la mise au jour et l’étude de vestiges archéologiques gallo-romains, fouilles préventives obligent, c’est parti.

Sur le papier, le chantier ne s’annonce pas des plus simples : sous les 17 000m3 de déblais extraits préalablement, un sol alluvionnaire parcouru de veines d’eau (Turrelet, Beaune…) à détourner. Pour les fondations, reposant sur un providentiel lit de pierres naturelles, une technique innovante pour l’époque : des parois moulées encrées à 8 m de profondeur. Au total, plus d’une centaine d’ouvriers issus de 24 entreprises, haut-alpines pour la plupart, ont participé à l’aventure.

… d’une décentralisation à ses prémices

Bien plus que la construction d’un bâtiment, un véritable acte d’indépendance en pleine décentralisation. Voilà ce qui s’est joué le 28 novembre 1994, lors de l’inauguration de l’Hôtel du Département.

Aujourd’hui, on ne se pose même plus la question. La préfecture, c’est l’État. Le Département des Hautes-Alpes, c’est juste à côté, place Saint-Arnoux. Mais en 1982, aux balbutiements de la décentralisation, tout n’était pas aussi limpide. D’autant moins que Préfet et président du Conseil général partageaient le même toit. Celui de la préfecture. Pour ce qui est des services du Département ? Idem, hébergés dans des locaux appartenant à l’État. De quoi faire perdre son latin au quidam, quant à savoir qui fait quoi et qui est qui. Alors oui, l’inauguration de l’Hôtel du Département, le 28 novembre 1994 avait quelque chose d’historique. D’autant plus qu’à l’époque, la France est l’un des pays les plus centralisé au monde.

Dès 1981, au lendemain de l’accession de François Mitterrand à l’Élysée, Gaston Deferre, alors ministre de l’Intérieur et chantre de la décentralisation parlait volontiers de la « tâche immense » qui l’attendait. Un euphémisme pour une révolution copernicienne dans le paysage institutionnel français. Et comme toute révolution, le tumulte était au rendez-vous. Y compris dans les années 1990 qui dénotent par la multitude de rapports parlementaires critiques, voire virulents, à l’égard de la décentralisation. En parallèle, nombre d’agents d’État, appelés à rallier les rangs de la territoriale, grinçaient fort des dents. Bref, c’était assez rock and roll en ce temps-là. À l’image de la culture politique française, où l’invective était quasi une tradition.

Culture qui, pour l’anecdote, a eu une incidence jusque dans la conception des plans de l’Hôtel du Département, dont la construction a rencontré, localement, son lot d’oppositions. A ainsi été demandé à Sylvain Bertrand, à l’époque à la tête du chantier et actuel référent en ingénierie bâtiment, d’y intégrer un passage de repli entre l’hémicycle et l’étage de la présidence. Une subtilité qui semble aujourd’hui incongrue, tant le débat démocratique haut-alpin s’est pacifié. Autre temps, autres mœurs.

Alors, comme pour légitimer sa raison d’être, ce n’est rien de moins que René Monory, président du Sénat qui est venu en personne couper le ruban inaugural de l’Hôtel du Département, le 28 novembre 1994. Une présence qui n’avait rien d’anodine, le Sénat ayant pour mission « d’assurer la représentation des collectivités territoriales de la République », comme le rappelle notre Constitution.

Depuis, la décentralisation a poursuivi son chemin. Les compétences du Département dépassent désormais largement ses premières attributions. Ses services ont évolué au fil des réorganisations. Ses effectifs grandis jusqu’à mailler tout le territoire haut-alpin. HD1, comme l’appellent nombre d’agents, lui, a perduré, « intemporel ». Comme un phare dans la nuit de la vie institutionnelle française.

Place Saint-Arnoux, de l’épiscopat au Département

L’ancien Évêché.

Non, l’Hôtel du Département n’a pas été bâti sur un terrain nu. Avant lui, trônait une bâtisse du XVIIe siècle, l’ancien palais épiscopal. Qui, après la Révolution française, a accueilli les premiers services départementaux républicains. Moins d’un siècle après sa construction ce dernier devient bien national, acheté par la Ville de Gap. Peu de temps après, la gendarmerie y prend ses quartiers. Viendra ensuite le tour de l’administration centrale et ses services, en 1796. Le Préfet y établira, par ailleurs, sa résidence jusqu’en 1837. Avec la Restauration et la monarchie de Juillet, l’édifice renoue avec son passé ecclésiastique et redevient Évêché, avant de retomber dans le domaine public avec la loi de 1905. Là, les agents du service de Restauration des terrains de montagne (RTE) y installeront leurs bureaux. En 1991, juste avant la déconstruction, y assuraient leurs missions le Trésor public, la paierie départementale et l’ONF. Mais tout n’a pas disparu. Les ardoises de la toiture de l’actuel Hôtel du Département proviennent, en effet, de l’ancien palais épiscopal, comme les grilles extérieures en fer forgé.

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