Routes et mobilités : Lamier d’élagage, des bords de routes nickel chrome

Durant 6 mois de l'année, un imposant tracteur armé d'un bras mécanique parachevé de 4 disques aux dents acérées, sillonne les routes du Département. Derrière lui, des agents des routes qui tronçonnent et réduisent en copeaux branchages et petits troncs. Après leur passage, une voie nickel, des talus au carré. Bienvenue à bord du lamier d'élagage.

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La photos est prise en contre plongée. Au premier plan, de très près une disque de métal au dents acérées. On devine qu'il est la partie final d'un bas mécanique articulé. Quel branchage sont prise dans le bras. Le disque est tout proche, de façon parallèle à des rangé d'arbres qui se trouve sur la bas côté d'une route. Les arbres sont des mélèzes. En arrière plan, une camionnette de chantier blanche devant laquelle se trouve, debout, un homme en vêtement de travail jaune fluo et bleu électrique. La camionnette tracte un broyeur couleur verte. Un peu plus en arrière, on distingue deux autres hommes en tenue de travail semblent porter un casque de chantier rouge. La photo est traversée en diagonale par une route. Le ciel est bleu parsemé de nuages. - Agrandir l'image, fenêtre modale
©Département des Hautes-Alpes / Stéphanie Cachinero

14 tonnes, blindage métallique noir, roues arrière de plus 1,5 m de diamètre, bras mécanique pouvant flirter avec les 10 m, 4 disques de 70 cm aux 96 redoutables dents, « barre de coupe » de 2 m. Une fiche « anthropométrique » à la Alphonse Bertillon qui fait froid dans le dos. Et ce n’est rien à côté du sifflement aussi assourdissant que strident que laissent échapper lesdits disques, affutés tous les 15 jours, lorsqu’ils se mettent à tournoyer. Une branche ou un tronc d’une quinzaine de centimètres ne peuvent guère leur résister.

Dans l’habitacle de cette « Rolls-Royce » des tracteurs, qui fait d’avantage penser au cheval de trait carapaçonné sur lequel Robert d’Artois partait guerroyer, son chauffeur attitré : Marc Giraud, de l’Agence routière départementale. Le seul qui sache dompter ce mastodonte : le lamier d’élagage qui sillonne les routes du Département la moitié de l’année.

Ce mardi de la fin d’octobre, dans le sillage de cet insolite binôme, 5 agents d’exploitation du Centre technique d’Eygliers. Tronçonneuses en mains, ils débitent en morceaux les branchages vaincus par le lamier venus s’échouer sur les bords de la RD 186, en direction la station de Risoul. Quelques instants plus tard, ce broyeur, faisant lui aussi partie du convoi, les recrache en fins copeaux. C’est tout ce qu’il restera de ces bouts de pins, mélèzes et autres bouleaux qui venaient menacer la visibilité et la sécurité des usagers de la route.

Usagers qui peinent à ralentir malgré les panneaux de signalisation dont la forme triangulaire invite à la prudence et à lever le pied. Alors pour finir de sanctuariser la zone de travail des hommes en jaune fluo et bleu électrique, des plots orange au milieu de la route. À l’arrière de la fourgonnette qui ferme la marche, des lettres lumineuses indiquent « chantier mobile ».

« Avoir les yeux partout »

Encore un petit coup de souffleur thermique pour éliminer les dernières traces de coupes. Après le passage de cette colonne avançant au pas, ne reste plus qu’une route nickel chrome. Ses bords et talus, tous au carré, ouverts, dégagés. « Souvent, les gens ne remarquent même pas notre travail », regrette Frédéric Marotta, agent d’exploitation. « Cela permet pourtant de laisser entrer le soleil sur la route en hiver. Réduire l’humidité, c’est diminuer le risque de gel, précise Marc. Et qui dit moins de gel, dit moins de sel. » Un petit plus pour l’environnement qu’aime mentionner celui qui, plus d’une fois, s’est vu confronté à un reproche, celui de couper des arbres en masse.

Alors, non, ce n’est pas la finesse qui vient en premier en tête à voir l’imposante machine en action. Mais pas question de faire n’importe quoi non plus. Au volant et sur joystick, concentration et minutie sont à leur paroxysme. « Il faut avoir les yeux partout, gérer la direction, jongler en permanence avec le frein, savoir à tout moment où se trouvent les collègues pour ne pas les blesser, analyser comment on attaque l’arbre. Ici, c’est facile, il n’y a aucun obstacle ni aucun fil. Mais on le sait, une mauvaise manipulation et les conséquences peuvent être dramatiques. Si un disque se décroche et part, ça peut être extrêmement dangereux. Même chose si on sectionne, par exemple, un câble électrique qui alimente une maison où une personne est sous assistance respiratoire. On pense à tout ça en même temps », confie celui qui partage, par ailleurs, son temps avec ses activités de pompier volontaire.

Fin de journée, la tête comme une passoire, le corps vidé d’une attention sans relâche, près de 350 m traités (une bonne journée en la matière). Durant 4 semaines, Marc restera dans le secteur, suivant les instructions des chefs d’équipes. « C’est eux qui connaissent leurs routes, qui savent où mes services sont nécessaires. » Les quatre précédentes, il était dans le Briançonnais. Suivront ensuite l’Antenne technique de Gap, celle de Saint-Bonnet-en-Champsaur, puis le Buëch. Ce qui les conduira jusqu’à la fin mars. Il enchainera ensuite avec le fauchage sous glissière, dont il est, là aussi, le seul à maîtriser les subtilités de la machine.  

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