Autonomie : Sport pour tous, une bataille de longue haleine

Ce n'est pas parce que le chaudron olympique de Paris 2024 s'est éteint, que les Hautes-Alpes ont raccroché les gants dans la bataille du sport pour tous. Aux côtés de ses partenaires, le Département ne désarme pas, dans un monde où il y a encore fort à faire.

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Dans un gymnase au parquet clair, des personne en fauteuil roulant réuni en cercle en train de partager leur expérience. Au premier plan de la photo, un oriflamme bleu marine sur lequel on peut lire Hautes-Alpes. - Agrandir l'image, fenêtre modale
La démarche sport inclusif du Département, c’est sensibiliser et accompagner les club de sport dur le handicap. ©Département des Hautes-Alpes / Alexandra Louison

Il s’est passé quelque chose cet été. C’est indéniable. Pour la première fois, les athlètes paralympiques de Paris 2024 ont eu les honneurs du petit écran. Pour la première fois encore, un champion handisport, le Haut-Alpin Arthur Bauchet, faisait jeu égal avec les commentateurs vedettes lors des Olympiades. Celles « des valides », qui, malgré tout, tiennent encore le haut de l’affiche.

Dès avril 2023, dans les Hautes-Alpes, le Département prenait toutefois les devants avec la création de sa team des ambassadeurs Terre de Jeux. Parmi eux, Arthur et Aurélie Richard, une autre révélation handisport. « En mêlant valides et para-athlètes, c’est un message fort que la collectivité envoie. Cela permet de rappeler que nous nous entrainons tous aussi dur les uns que les autres, souvent dans mêmes lieux. Et que le haut niveau est ouvert aux paras », se réjouit l’athlète qui, elle aussi, brille en dévalant les pistes du monde entier.

Elle était d’ailleurs là, le 7 septembre dernier, accompagnée de Clément Richard, autre pépite du ski haut-alpin (nordique celui-ci) dans la catégorie sport adapté. Ce jour-là, sur les berges du plan d’eau d’Embrun, était signée la nouvelle Charte sport et handicap (voir le Flash Infos de septembre dernier). Une pierre supplémentaire dans l’édifice que construit, petit à petit, le Département avec l’aide de ses partenaires afin de rendre le sport accessible à tous.

La Démarche Clubs Inclusifs

Autre pierre que la démarche Clubs inclusifs *, lancée par le Département en février 2024, sans tambours ni trompettes. Le point de départ ici ? Un échange entre Stéphane Bernard, chef de la mission jeunesse et sports du Département, Boris Mallein, du Comité départemental handisport (CDH) dans les Hautes-Alpes et Caroline Martz, directrice du Comité départemental de sport adapté (CDSA) qui préparait, alors, sa « traversée des Hautes-Alpes », principalement à vélo. Un périple organisé entre Briançon et Veynes, du 11 au 15 juin dernier, ponctué d’étapes (handi) sportives ouvertes à tous. L’objectif ? Sensibiliser un maximum de Haut-Alpins au handicap dans le sport. « Au-delà du soutien financier que nous leur apportons chaque année, Boris et Caroline, nous ont fait part des difficultés qu’ils rencontrent au quotidien », explique Stéphane. Et d’ajouter : « Boris est en effet l’unique salarié du CDH. Pour ce qui est du CDSA, ils sont deux… » Un manque d’effectif patent face à une demande bien présente.

À peu près au même moment, Alexandra Louison, chargée de mission Terre de Jeux au Département, a vent de la démarche Clubs inclusifs, portée par le Comité paralympique et sportif français (CPSF). Le principe : montrer que sport et handicap peuvent faire bon ménage. « Accueillir des publics hétérogènes, les clubs savent déjà le faire. Avec des personnes en situation de handicap, il s’agit juste d’un changement de curseur », souligne Joffrey Chiron, référent CPSF en région Paca. Pour Alexandra, ça ne fait aucun doute, le dispositif Clubs inclusifs est un bon moyen « d’aider à franchir le pas » à ceux qui n’osent pas tout à fait le faire et « accompagner » plus en profondeur ceux que se sont déjà aventurés sur ce chemin. Sans compter que « le sport pour tous est l’un des axes forts de notre schéma départemental et une valeur cardinale du label Terre de Jeux », rappelle Alexandra. Label dont dispose le Département depuis janvier 2020.

Résultat de cette première session combinant théorie et pratique avec un suivi sur le terrain de 6 mois assuré par le CDH et le CDSA ? Carton quasi plein : 11 clubs participants (sur un max de 12). Et du côté du CPSF, un bon espoir de réitérer l’expérience l’an prochain.
Alors oui, « certains clubs sont juste venus pour voir et n’iront pas plus loin pour le moment », remarque Boris. Et encore oui, « on aimerait que ça avance plus vite. Mais une dynamique s’est enclenchée », positive Joffrey.

Ensemble on est plus forts

Une dynamique que le Département entend maintenir et faire grandir, en soutenant, notamment, ici et là, des initiatives. À l’image de la course inclusive « Bri’Ensemble », organisée au collège Vauban par des étudiants en fac de sport. De l’invitation lancée aux jeunes de l’Institut médico-éducatif (IME) savinois Jean-Cluzel, qui, en juin dernier, ont assisté, depuis le pied du mur d’escalade de Briançon, à la préparation de grimpeurs sélectionnés aux JO de Paris 2024. Sans oublier ces ateliers cécifoot à destination de collégiens et jeunes en IME qui ont vu le jour au début de l’été, grâce aux clubs de foot de Chorges et Saint-Bonnet (ce dernier faisant désormais partie des Clubs inclusifs), etc. Autant d’événements faisant écho à la Charte sport et handicap.

Plus que l’apposition de signatures au bas d’une déclaration de bonnes intentions, cette dernière réunit autour du Département des partenaires déterminés à faire bouger les choses dans nos montagnes.
Le gros projet du moment ? La Réponse départementale pour le sport inclusif 05. L’ambition : proposer un accompagnement 100 % personnalisé à des personnes en situation de handicap dans la pratique du sport de leur choix, quels que soient leur degré et la forme de leur différence.
Autour de la table, la Maison de l’autonomie/MDPH du Département désignée chef de file, la préfecture, le Service départemental à l’engagement et la jeunesse, l’Agence régionale de santé, la Communauté 360 (consortium d’acteurs institutionnels ayant mis en place un guichet unique téléphonique à destination des personnes en situation de handicap et de leurs aidants), la Caisse commune de la Sécurité sociale, l’association Dahlir, le CDSA, CDH, CPSF, le Comité départemental olympique et sportif ainsi que l’Éducation nationale. Et même si l’Agence nationale du sport n’accorde par son soutien à « l’amorçage » de cette initiative, peu importe. Les jalons d’une coordination sans précédent ont solidement été arrimés. Les choses prendront juste un peu plus de temps et avec des moyens plus limités. L’adversité, sœur ennemie du handicap.

« Ne rien lâcher »

Le chemin sur lequel s’est engagé le Département reste parsemé d’embuches. Raison pour laquelle « il ne faut rien lâcher », conclut Boris du CDH. Champion des solutions que l’on pense impossibles face à des situations qui semblent inextricables, il sait de quoi il parle.

* Le Département a financé pour moitié cette opération (soit 6 000€).

Quelques chiffres

  • 550

    c’est le nombre d’adhérents au Comité départemental de sport adapté des Hautes-Alpes.

  • 300

    c’est le nombre de licenciés au sein du Comité départemental handisport05.

  • 27

    structures sportives figurent dans le Handiguide des sports dans les Hautes-Alpes.


« Ayez un peu de considération pour notre sport ! »

Pas la même histoire. Pas le même handicap. Ce qui les rassemble ? L’amour qu’ils éprouvent pour leur sport et cette détermination sans faille qui les a conduits au plus haut niveau de leur art. Rencontre avec nos para-athlètes Arthur Bauchet (ski de descente), Aurélie Richard (ski de descente) et Clément Richard (ski nordique).

« Avec les Jeux de Paris et l’engouement qu’ils ont suscité, on se dit que tout est possible. » L’enthousiasme d’Arthur est aujourd’hui à toute épreuve. Pour autant, il n’oublie pas le passé : « des podiums qui ne à ressemblent rien », l’envie de crier « ayez un peu de considération pour nous et notre sport ». Une différence de traitement que ressent encore Clément Richard, cette fois entre handisport (handicap moteur) et sport adapté (handicap psychique et trisomie), qui ne figure toujours pas aux Jeux paralympiques d’hiver. « Les paras recouvrent pourtant ces deux notions », s’agace son père Alexandre. L’un de ses combats ? Qu’aux Jeux 2030, qui se dérouleront en partie chez nous, le sport adapté ait enfin sa place, dans son ensemble (sur trois catégories, seule celle relevant de la trisomie semble avoir une petite chance, NDLR).

La famille, indispensable

Mais aujourd’hui, « c’est clair qu’en la matière, il y a encore du travail », observe Aurélie. Pas de quoi entamer la rage de vaincre de Clément. Pourtant ses troubles ne lui facilitent pas la vie, notamment dans sa relation à l’autre. Plus jeune, on lui fait ressentir sa différence. « Moi, je m’en foutais, je restais concentré sur mon sport pour leur montrer que j’étais aussi capable qu’eux. » Et même plus, jusqu’à porter au plus haut les couleurs de l’équipe de France.

Toujours est-il que d’un handicap à l’autre, les inégalités sont plus moins grandes. «Moi ça va, je suis assez autonome, je tiens sur mes deux jambes. Mais ce n’est pas la même pour mes camarades en fauteuil, se désole Aurélie. Je les ai vu devoir se trainer au sol pour accéder à des domaines skiables, même si les gens sont généralement attentifs au handicap dans nos stations, et prêts à apporter leur aide.»

Dans ces circonstances, « le soutien de la famille est indispensable », confie Arthur. Et de rappeler qu’avec un handicap « c’est déjà assez galère comme ça. Heureusement, ma mère gère beaucoup de choses afin que je puisse rester focus sur mes courses ». Même son de cloche du côté de Clément dont les parents assurent, sans l’y enfermer, la solidité d’une bulle protectrice. Sans elle, « je stresse et je perds toute mon énergie ».
Le message de nos para athlètes, quelles que soient les difficultés ? « Suivez vos envies et vos rêves, dans le sport et/ou ailleurs. »

Les aides et services en faveur de l’autonomie

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